Thierry, militant du tatouage et de son art

Parce qu'il voit l'art du tatouage perdre ses lettres de noblesse à cause d'«imposteurs» s'improvisant tatoueur, Thierry remet les pendules à l'heure en ouvrant les portes de son salon.

Dans le monde devenu impitoyable du tatouage, Thierry Dionet est aujourd'hui écœuré de voir combien le manque de réglementation a fait se proliférer des pseudos tatoueurs, «qui exploitent la naïveté de leurs clients et discréditent un métier artistique, déjà fortement marqué par les a priori et autres préjugés».

Originaire de Maisons-Laffitte en région parisienne, ce géomètre de formation démarre dans le tatouage à la fin des années 70, avec étienne, un maître tatoueur, à Paris, qui repère les talents de dessinateur du bonhomme. « Il a proposé de me former, j'ai dit oui tout de suite ». Nous sommes en 1979. Après trois-quatre ans de formation aux côtés du maître, Thierry gagne sa liberté. «étienne m'a confié une boutique qu'il avait à Nice». Un changement de vie qui convient parfaitement au personnage, atteint par une bougeotte qui le mènera de Nice à Toulouse, puis Albi, Rochefort-sur-Mer, Drancy ou Reims. Entre-temps, il aura à son tour fait parler l'expérience en transmettant son savoir à quelque 22 tatoueurs, « des bons gars ! ».

Depuis l'an dernier, voilà Thierry et ses 52 ans installés à Rethel, au Point Champagne. « On est venu ici un peu par hasard mais aussi parce que j'aime bien la mentalité des gens, j'apprécie les Ardennes » répond-il, un dermographe (ndlr : instrument composé d'une ou plusieurs aiguilles, servant à dessiner sur la peau) en main.

D'une nature très calme, Thierry élude habilement les questions personnelles pour insister sur l'importance d'une bonne formation, d'un bon matériel, d'une hygiène irréprochable pour qui se prétend tatoueur. Lui qui dessine sur la peau comme sur une feuille, qui s'adonne également à la peinture sur toile, précise qu'il ne suffit pas de savoir dessiner et d'acheter du matériel sur Internet pour se lancer dans la profession. Citant plusieurs exemples de maçon ou de représentant en tuyauterie qui, aujourd'hui, sont du côté obscur de l'art du tatouage. Ne mâchant pas ses mots, Thierry met en garde contre « ces spécialistes du fromage, qui ne voient que l'argent à gagner ». D'en compter une douzaine à 30 kilomètres à la ronde.

Arrêter le massacre au dermographe

« Il y a une part de psychologie. Il faut conseiller, être sûr de ce que veut le client. Par exemple, je ne fais pas les avant-bras ou toute autre partie visible du corps, sauf exception. Je refuse tout ce qui est à caractère politique. Autrement, je n'ai aucune limite, j'aime bien créer. Il faut instaurer une relation de confiance avec le tatoué » confie Thierry. Un discours à l'encontre de certaines pratiques d'amateurs, qui n'hésitent pourtant pas à critiquer, mais à qui Thierry laisse la porte ouverte.« On voit trop d'horreurs. Je préférerais que ces personnes viennent me voir, qu'on discute. Je l'ai déjà fait. J'ai donné des conseils sur la pratique, sur le matériel » poursuit Thierry qui ne craint aucune concurrence… puisqu'il n'en a pas !

Emmanuel Défente

Source: article paru dans le journal L'Union.